Dans un marché dominé par les géants américains et marqué par une forte concentration des indices, les acteurs présents lors du Grand Débat d’Option Finance revendiquent un positionnement clair en faveur de la tech européenne. Pour développer un pôle européen compétitif, il faut certes drainer des capitaux vers les acteurs locaux, mais aussi encourager les introductions en Bourse et concevoir les thématiques selon une approche globale qui encourage l’adoption des nouvelles technologies en ciblant aussi les utilisateurs. Comment conjuguer performance, diversification et engagement en faveur des acteurs européens ? David Serrero (CDC Tech Premium), Alexis Bossard (Edmond de Rothschild Asset Management) et Aurelio Rodriguez (Arkéa Asset Management) confrontent leurs approches d’investissement, leurs convictions et leur lecture des grands cycles technologiques en cours.
- Quelle est votre stratégie d’investissement ?
- Quelles sont les performances des stratégies thématiques et comment ont-elles été générées ?
- Alexis Bossard, co-gérant du fonds EdR SICAV Tech For Tomorrow, Edmond de Rothschild Asset Management
- Quel est votre point de vue sur la tech américaine, les valorisations vous semblent-elles appropriées ?
- David Serrero, directeur de l’investissement de la sicav CDC Tech Premium, CDC Croissance
- L’IA capte-t-elle tous les capitaux au détriment des autres innovations ?
- La concentration soulève aussi la question de l’allocation d’actifs, comment mettre en place une allocation réellement diversifiée ?
- Aurélio Rodriguez, responsable de la gestion thématique et absolute return quantitative d’Arkea Asset Management
- L’une des réponses à cette concentration n’est-elle pas aussi de faire émerger de nouveaux acteurs ? Quel est le rôle des initiatives de Place ?
- Comment accompagnez-vous les entreprises vers une IPO ?
- L’analyse extra-financière est-elle toujours importante ?
Les intervenants :
- Aurelio Rodriguez, responsable de la gestion thématique et absolute return quantitative, Arkea Asset Management
- Alexis Bossard, co-gérant du fonds EdR SICAV Tech For Tomorrow, Edmond de Rothschild Asset Management
- David Serrero, directeur de l’investissement de la sicav CDC Tech Premium, CDC Croissance
Quelle est votre stratégie d’investissement ?
David Serrero, directeur de l’investissement de la sicav CDC Tech Premium : Nous investissons sur des capitalisations comprises entre 200 millions et 10 milliards d’euros, sur l’ensemble des Bourses européennes libellées en euros. La vocation du fonds est toutefois claire : prioriser les investissements lors des introductions en Bourse (IPO) des sociétés françaises sur Euronext Paris. Aujourd’hui, environ 70 % du portefeuille est investi dans des sociétés françaises. Nos souscripteurs principaux sont la CDC et un assureur impliqué dans l’initiative Tibi, avec un engagement actuel de 350 millions d’euros. Sur la sélection des investissements, notre approche est sectoriellement et technologiquement agnostique. Fort heureusement d’ailleurs, car il n’existe pas aujourd’hui une pléthore de candidats technologiques aux IPO en Europe, même si le marché montre quelques signes de réveil. Nous investissons aussi bien dans des sociétés qui créent de la technologie que dans celles qui en sont fortement utilisatrices : robotique, medtech, semi-conducteurs, logiciels, espace… Cela recouvre l’ensemble des verticales de la French tech. Notre idée centrale est de travailler très en amont avec les sociétés non cotées, afin d’identifier les meilleures très tôt et de jouer également un rôle d’attractivité vis-à-vis du marché. Notre thèse est clairement moyen-long terme. Nous investissons au moment de l’IPO, après avoir travaillé parfois plusieurs années en amont. Nous intervenons souvent en tant qu’investisseur de référence (cornerstone). Cela nous donne une profondeur d’analyse bien supérieure à celle du marché, qui découvre la société quelques jours avant l’IPO. Nous pouvons ainsi devenir le premier investisseur, avec une participation pouvant atteindre jusqu’à 10 % du flottant. Lorsque plusieurs investisseurs se positionnent en cornerstone, cela permet de sécuriser 20 à 30 % de l’opération, ce qui augmente significativement les chances de succès.
Alexis Bossard, co-gérant du fonds EdR SICAV Tech For Tomorrow : Chez Edmond de Rothschild, notre stratégie est assez proche dans le fonds Tech For Tomorrow. Notre univers est global et nous investissons dans les acteurs innovants ou ayant une technologie différenciante. La particularité du fonds est d’avoir au minimum plus de 50 % d’exposition à la tech européenne. Le fonds a été lancé en 2020 en partant d’un constat simple, mais préoccupant : le déclin du poids de la tech européenne, qui ne pèse aujourd’hui plus que 5 % des indices technologiques mondiaux. L’objectif était donc de soutenir cet écosystème, en cohérence avec l’initiative Tibi. Par tech européenne, nous entendons un ensemble large d’entreprises à couvrir, qui comprend les semi-conducteurs, la robotique, les logiciels, mais aussi les innovations technologiques appliquées à la santé, aux énergies alternatives ou à la fintech. En termes de capitalisation, le fonds est all cap, même si nous privilégions en général des sociétés au-dessus de 100 millions d’euros. Il nous est arrivé d’investir dans des entreprises autour de 40 à 50 millions d’euros de capitalisation. Nous combinons donc d’un côté des géants de la tech bien connus tels que Nvidia, Microsoft ou Alphabet avec une poche européenne plus diversifiée intégrant des petites, moyennes et grandes capitalisations. Pour soutenir l’innovation et l’écosystème de la tech en Europe, nous participons régulièrement aux IPO, sans chercher systématiquement à être cornerstone, mais en nous positionnant en amont, en rencontrant les dirigeants pour comprendre leurs trajectoires de développement, leurs besoins de financement et leur capacité à envisager une cotation.
Aurelio Rodriguez, responsable de la gestion thématique et absolute return quantitative d’Arkea Asset Management : Lorsque nous exploitons une thématique, nous cherchons avant tout à identifier les grandes tendances structurelles qui façonnent le monde de demain. Une thématique n’est ni un secteur, ni un simple storytelling : c’est une tendance de fond qui doit être analysée sur l’ensemble de sa chaîne de valeur. Nous avons identifié plusieurs thématiques porteuses : la souveraineté européenne, l’intelligence artificielle (IA), le bien-être humain, la gestion de l’eau et la préservation des écosystèmes. L’enjeu est d’obtenir une forte transversalité sectorielle, afin de maximiser la diversification du portefeuille. Pour identifier les sociétés réellement exposées à une thématique, nous avons développé un scoring propriétaire, basé sur des données financières et extra-financières, mais aussi des données non structurées issues de communications publiques ou de médias, analysées notamment à l’aide de l’IA. Sur le thème de l’IA par exemple, nous distinguons les fournisseurs de technologies (GPU, semi-conducteurs, infrastructures) et les utilisateurs dans des secteurs comme la finance, la santé ou la distribution. A partir d’un univers large caps et mid-caps mondial, nous appliquons des filtres thématiques, des exclusions sectorielles, puis des critères ESG stricts avant de procéder à notre sélection active. La sélection de valeur est réalisée grâce à la combinaison d’outils quantitatifs d’analyse des dynamiques et d’analyse qualitative, tout en respectant nos objectifs de maîtrise des risques financiers et extra-financiers. Nous ajoutons, d’autre part, une couverture macro systématique permanente afin de protéger nos fonds contre les fortes baisses des marchés actions.
Quelles sont les performances des stratégies thématiques et comment ont-elles été générées ?
David Serrero : Nous affichons une performance de 42 % sur les deux dernières années, avec un portefeuille volontairement concentré. Nous avons été investisseurs de référence sur deux IPO majeures, avec environ 9 % du flottant, et ces opérations ont été très performantes, notamment la société Exosens dans le secteur de la Défense. Nous avons également bénéficié d’OPA, notamment sur Believe et Exclusive Networks. L’objectif de notre sicav est aussi d’être un modèle reproductible, afin d’attirer davantage d’investisseurs autour des IPO technologiques européennes et de renforcer la profondeur du marché. A partir d’une certaine taille – autour de 500 millions à 1 milliard d’euros de capitalisation – on observe l’arrivée d’investisseurs internationaux, ce qui réduit la volatilité et améliore l’efficience du marché. Notre portefeuille est aujourd’hui majoritairement positionné sur des sociétés entre 1 et 3 milliards d’euros de capitalisation, sans exclure les plus petites valeurs.
Alexis Bossard : Nous gérons aujourd’hui, au sein du portefeuille, près de 120 millions d’euros d’encours avec une performance de plus de 50 % sur les trois dernières années. Contrairement aux idées reçues, l’IA n’est pas l’unique moteur de performance. Nous avons bénéficié de notre exposition à certaines valeurs de défense comme Exosens mais également à certaines sociétés cleantech comme Waga Energy qui vient d’être rachetée et dont nous avions participé à l’IPO en 2021. Waga a développé une technologie avancée de cryogénisation qui permet de capter le méthane de nos décharges. Grâce à l’offre de rachat, le titre a progressé de plus de 50 % en 2025. Les semi-conducteurs ont également fortement contribué à la performance du fonds, notamment Semco, un fabricant de wafers basé à Montpellier. En revanche, le segment du software connaît récemment davantage de questionnements, notamment sur la pérennité des modèles économiques face à l’essor de l’IA. C’est là que la sélection de valeurs prend tout son sens puisque nous restons convaincus que les logiciels spécialisés dans la santé ou l’industrie qui reposent sur des données précises et déterminées ont peu de risque d’être remplacés par des modèles prédictifs standardisés d’IA.
Aurelio Rodriguez : Les trois dernières années ont été marquées par une forte polarisation des performances, avec quelques méga-capitalisations expliquant l’essentiel de la hausse des marchés. Après le choc macroéconomique de 2022 et la compression des multiples, les marchés ont fait preuve d’une grande résilience, portée notamment par la tech et l’IA générative depuis fin 2022. Nous avons profité de notre approche quantitative pour capter les rotations sectorielles, avec par exemple des contributions du cloud, des data centers, de l’IA, mais aussi de la défense européenne dans notre fonds souveraineté européenne. Nous observons également un regain de dynamisme au Japon et au Canada, ainsi qu’une contribution significative du secteur financier.
Alexis Bossard, co-gérant du fonds EdR SICAV Tech For Tomorrow, Edmond de Rothschild Asset Management
"L’apport de l’initiative Tibi est indispensable tant du point de vue de la souveraineté européenne que du point de vue du développement d’un véritable écosystème tech européen."
Alexis Bossard a rejoint Edmond de Rothschild en 2022 en tant que gérant actions internationales. Il a travaillé auparavant pour le Crédit Mutuel CIC Asset Management en tant que gérant de portefeuille actions européennes pendant cinq ans. Entre 2012 et 2015, il a occupé le poste d’analyste actions mondiales chez Société Générale CIB à Londres et chez Dubly Gestion – Banque Transatlantique à Lille (France). Alexis est diplômé en finance de l’ESC Tours-Poitiers (ESCEM).
Données clés Edmond de Rothschild Asset Management (au 31/12/2025)
- Encours dans les expertises : EdR Fund Big Data : 2,6 milliards d’euros et EdR SICAV Tech for Tomorrow : 114 millions d’euros.
- Effectifs dans les deux expertises (gérants et analystes) : 5 personnes.
- Performance des deux fonds phares : performance annualisée du fonds EdR Fund Big Data depuis sa création en août 2015 (part A-EUR) : 12,3 %. Performance annualisée du fonds Tech For Tomorrow de +10,88% depuis son lancement au 31/12/2025.
- Philosophie d’investissement en quelques mots : Edmond de Rothschild AM dispose de plus de dix ans d’expertise en gestion actions dans le secteur technologique et a notamment lancé en 2015 l’un des premiers fonds thématiques dédiés au Big Data. EdR Fund Big Data est un fonds actions internationales visant à capter la valeur créée par la donnée dans l’ensemble des secteurs de l’économie. En 2020, Edmond de Rothschild AM a élargi cette expertise avec le lancement du fonds EdR SICAV Tech for Tomorrow. A travers cette stratégie, la société de gestion cherche notamment à soutenir la création, l’innovation et le développement d’un écosystème technologique européen. Chez Edmond de Rothschild Asset Management, la philosophie de gestion consiste à transformer les grandes tendances de long terme, comme la technologie, en opportunités d’investissement durables plutôt qu’en paris spéculatifs.
Quel est votre point de vue sur la tech américaine, les valorisations vous semblent-elles appropriées ?
Alexis Bossard : Avec la hausse récente, les « sept magnifiques » représentent désormais près d’un quart de la cote et le poids de la tech atteint près de 35 % des indices mondiaux, un niveau comparable à celui observé au moment de l’explosion de la bulle Internet des années 2000. Il est donc naturel de s’interroger sur l’existence ou non d’une bulle. Cela étant dit, de nombreux éléments nous rendent aujourd’hui beaucoup plus confiants qu’il y a 25 ans. Autour de 33 fois les bénéfices, les multiples actuels de la tech US ne sont pas délirants : ils sont globalement en ligne avec les moyennes historiques ; les niveaux de croissance des bénéfices + 21 % attendus en 2026 sont supérieurs à ceux observés à l’époque ; et enfin les bilans sont extrêmement solides : les « sept magnifiques » sont des sociétés avec des trésoreries très abondantes. Notre principale interrogation porte davantage sur le potentiel d’appréciation et sur l’hyperconcentration du marché. Celle-ci est amplifiée par les flux des particuliers et surtout via les ETF, qui orientent les capitaux de manière assez indifférenciée vers les mêmes valeurs. Le risque, ce n’est pas tant l’existence d’une bulle que la poursuite de l’appréciation des cours par rapport à des attentes déjà très élevées. Nous pensons que la dérivée seconde de la croissance pourrait ne pas être conforme aux anticipations, voire décevoir. Les dernières annonces – notamment celles d’Amazon, Microsoft ou Meta – montrent une accélération très forte des capex, au-delà de 600 milliards de dollars en 2026, mais nous avons le sentiment que l’on se rapproche progressivement d’un pic en termes de croissance. C’est pour cette raison que la diversification nous paraît aujourd’hui essentielle. On observe des phénomènes similaires sur d’autres segments, comme l’or ou l’argent : lorsque les flux vont tous dans le même sens, la caisse de résonance créée par les ETF et les particuliers amplifie fortement les mouvements, à la hausse comme à la baisse. En cas de retournement, les mécanismes algorithmiques accentuent encore les corrections. D’où l’importance d’une diversification géographique et sectorielle, y compris au sein de l’IA. Il faut également faire un vrai travail de stock picking, car de nombreux ETF intègrent de façon indifférenciée des sociétés dans des paniers. Cela accentue les risques, mais crée également de nombreuses opportunités. En effet, prudents sur le potentiel d’appréciation de la thématique IA dans son ensemble, nous cherchons à nous diversifier notamment vers des secteurs comme la santé qui devrait continuer d’innover et de croître avec le digital et l’IA. Nous avons également renforcé certains logiciels considérés comme des perdants de l’IA et qui nous paraissaient injustement pénalisés.
David Serrero : Nous ne sommes pas exposés directement au marché américain, mais nous observons évidemment de très près ce qui se passe de l’autre côté de l’Atlantique, le marché américain restant le marché directeur. Les sociétés américaines sont aujourd’hui extrêmement solides. On a rarement vu, dans l’histoire industrielle, des entreprises aussi robustes que les Magnificent Seven. Le marché a d’ailleurs déjà partiellement corrigé, avec un écart d’environ 20 % entre le S&P 493 – hors ces grandes valeurs – et les Magnificent Seven. Cet écart de valorisation n’est pas excessif et reflète une capacité de croissance supérieure au reste du marché. La vraie question est celle de la réalisation effective de cette croissance. Les annonces de capex cumulés dépassant 600 milliards d’euros montrent que l’offre est en train de se construire. L’enjeu central est désormais la monétisation de l’IA : à quel degré ces nouvelles fonctionnalités et services pourront-ils être monétisés dans l’ensemble de l’économie ? C’est, selon moi, la question clé pour 2026 et 2027. Personne ne peut aujourd’hui apporter de réponse définitive à cette question qui conditionnera largement la direction future des marchés.
Aurelio Rodriguez : De mon point de vue également, nous ne pouvons pas parler de bulle sur l’IA comme celle de l’internet dans les années 2000. A l’époque, les revenus étaient hypothétiques et les modèles économiques largement non rentables. Aujourd’hui, nous sommes face à des revenus réels, des marges élevées, des capex ciblés, stratégiques, et des bilans très solides. La situation est fondamentalement différente. En matière d’infrastructures, les indicateurs montrent également que nous ne sommes pas dans une situation de surexploitation. Les data centers disposent encore de capacités suffisantes pour absorber de la demande, ce qui laisse entrevoir une poursuite de la dynamique.
Cela n’empêche pas d’être sélectif. Il faut être vigilant sur les sociétés liées à l’IA qui n’ont pas encore démontré d’avantage compétitif réel et durable et sur certains logiciels affichant des multiples élevés. Nous avons d’ailleurs eu récemment un wake-up call avec les nouvelles innovations annoncées par Anthropic, mais aussi avec la communication d’Apple, qui a choisi de renoncer à une course frontale à l’IA pour s’appuyer sur des solutions existantes. Le marché a d’ailleurs commencé à intégrer ces évolutions : la semaine dernière, l’action Apple a progressé d’environ 7 %, tandis que Google, Meta, Microsoft ou Amazon reculaient de 5 à 12 %. Cela montre que la narration autour de l’IA est en train d’évoluer. Nous entrons probablement dans une phase de restructuration, entre les acteurs qui développeront leurs propres solutions et ceux qui s’appuieront sur des fournisseurs spécialisés. L’IA est un cycle d’investissement long, comparable à l’électrification, à Internet ou au cloud. La vraie question n’est donc pas de savoir si c’est trop cher aujourd’hui, mais qui va capter la valeur économique de l’IA et comment le marché va se réorganiser autour de ces innovations et de ces investissements massifs.
David Serrero, directeur de l’investissement de la sicav CDC Tech Premium, CDC Croissance
"Nous investissons aussi bien dans des sociétés qui créent de la technologie que dans celles qui en sont fortement utilisatrices : robotique, medtech, semi-conducteurs, logiciels, espace… Cela recouvre l’ensemble des verticales de la French tech."
David Serrero a construit son expertise en stratégie d’entreprise, finance de marché et entrepreneuriat dans la banque d’affaires Bryan Garnier, puis chez Tekmarket, une société qu’il a créée avant de rejoindre CDC Croissance en 2023. Ses expériences en analyse financière, courtage actions, corporate broking, conseil en introduction en Bourse (IPO) et augmentation de capital, origination d’opération de marché ou encore en matière de conseil ont toutes en commun d’avoir porté sur des sociétés de croissance ou technologiques. David pilote aujourd’hui la sicav CDC Tech Premium dont l’objectif est de dynamiser le marché des IPO de valeurs technologiques françaises en se positionnant en investisseur de référence (cornerstone) dans les plus prometteuses pour délivrer la meilleure performance possible, tout en guidant les émetteurs vers les bonnes pratiques ESG.
Données clés de CDC Croissance
- Encours sous gestion : 3,96 milliards d’euros au 31/12/2025, la société est investie à100 % actions small & mid-caps (93 % gestion directe et 13 % fonds de fonds).
- Effectifs gérants et analystes : 9 dont 3 dédiés aux sociétés technologiques.
- Performance de l’un des fonds phares : la sicav Tech Premium a enregistré une performance nette de 43 % sur 2024-2025 et de 28 % depuis sa création en 2023. Elle dispose d’engagements de souscription de 350 M€ du groupe Caisse des Dépôts et s’inscrit pleinement dans la stratégie du Groupe de défense de la souveraineté technologique.
- Philosophie d’investissement : la sicav Tech Premium investit majoritairement en France sur Euronext Paris, mais aussi dans la zone euro, dans tous les secteurs technologiques (robotiques, software, cloud, semi-conducteurs, medtech, IA…), principalement au moment de l’IPO, mais aussi en post-IPO lors d’opérations de marché.
L’IA capte-t-elle tous les capitaux au détriment des autres innovations ?
David Serrero : La prépondérance de l’IA dans les investissements depuis deux ans est incontestable. En revanche, il est essentiel de rappeler que l’IA est avant tout un outil permettant aux autres industries d’innover plus efficacement. On observe déjà de nombreux exemples en France. Wandercraft, par exemple, leader des exosquelettes, utilise de l’IA prédictive pour optimiser ses produits et s’imposer comme un acteur de référence. Plus globalement, l’IA est un vecteur d’innovation transversal pour l’ensemble des industries. Nous sommes en train d’entrer dans une nouvelle ère. Aujourd’hui, l’IA générative fait beaucoup de bruit, mais demain nous allons passer à une dimension plus physique et industrielle de l’IA. De nombreux dirigeants industriels placent déjà cette dimension au cœur de leur stratégie. A terme, l’énergie, les nouveaux matériaux, la biologie ou encore la chimie seront alimentés par l’IA pour accélérer les découvertes. Les investissements massifs actuels construisent les fondations, mais les retombées vont ruisseler vers l’ensemble des secteurs. Il existe bien sûr d’autres ruptures technologiques majeures dont on parle moins aujourd’hui, comme le quantique. La France dispose d’ailleurs de plusieurs acteurs de tout premier plan au niveau mondial – Candela, Alice & Bob, Pasqal. Ces technologies rencontrent actuellement plus de difficultés à attirer des capitaux, mais elles bénéficieront probablement, à terme, des avancées de l’IA.
Alexis Bossard : Les investissements liés à l’IA nourrissent l’innovation bien au-delà de la tech stricto sensu. Les contraintes mêmes de l’IA – qu’il s’agisse du financement, des infrastructures, de l’énergie, de l’eau ou du foncier – génèrent de nouveaux besoins et donc de nouvelles innovations. Les capex massifs, plus de 600 milliards de dollars engagés cette année par les grands acteurs, irriguent mécaniquement de nombreux secteurs connexes : systèmes de refroidissement, efficacité énergétique, transmission et stockage de l’énergie, gestion et recyclage de l’eau, etc. Ces investissements créent des effets d’entraînement puissants pour l’innovation à travers une multitude de secteurs.
David Serrero : Un exemple très parlant est l’investissement d’ASML dans Mistral AI. On voit là la plus grande société technologique européenne investir dans l’un des principaux acteurs de l’IA en Europe. C’est une illustration parfaite de la convergence entre le monde physique et le monde numérique. Il est très probable qu’ASML utilise à terme les solutions d’IA de Mistral pour ses propres innovations industrielles.
Aurelio Rodriguez : Le message clé, c’est que l’IA est un catalyseur transversal de l’innovation. Dans de nombreux cas, l’IA deviendra presque invisible, un peu comme la partie immergée de l’iceberg : elle sera utilisée en arrière-plan, sans nécessairement être mise en avant comme une IA générative grand public de type ChatGPT ou Claude. Les ingénieurs disposent désormais d’outils d’IA qui leur permettent de gagner un temps considérable, accélérant fortement les processus de R&D. Ils bénéficient également d’une puissance de calcul phénoménale, rendue possible par le développement des data centers ces dernières années. Cela ouvre la voie à des innovations majeures dans des domaines très variés, comme les nouveaux matériaux, l’industrie, l’aéronautique ou l’aérospatial. Dans la santé également, la recherche de médicaments connaît des avancées significatives grâce à ces technologies. On peut aussi s’attendre à des innovations moins visibles, notamment dans les services, mais tout aussi structurantes. C’est pour cette raison que, dans notre fonds thématique sur l’intelligence artificielle, nous avons choisi d’investir à la fois dans les fournisseurs de technologies et dans les utilisateurs de l’IA. C’est parmi ces utilisateurs que l’on observera probablement la plus forte dispersion des performances, avec des acteurs capables de se démarquer durablement de leurs concurrents.
La concentration soulève aussi la question de l’allocation d’actifs, comment mettre en place une allocation réellement diversifiée ?
Aurelio Rodriguez : La diversification reste la clé. Il faut cumuler les savoir-faire, additionner les expertises et diversifier de manière multidimensionnelle. Cela passe bien sûr par une diversification sectorielle, mais aussi par une diversification le long de la chaîne de valeur, des fournisseurs jusqu’aux utilisateurs. Nous le constatons déjà dans nos portefeuilles. Ces dernières semaines, nous avons même renforcé notre allocation vers les utilisateurs de l’IA, alors que certaines dynamiques sur les producteurs et les fournisseurs de solutions se sont essoufflées. A titre d’exemple, Nvidia est une valeur sur laquelle nous avons été positionnés, mais dont nous sommes sortis, car les niveaux de valorisation actuels nous semblaient très exigeants. L’enjeu est donc d’exploiter toutes les transversalités possibles, verticales comme horizontales. A cette diversification, nous ajoutons des couvertures macro-systématiques destinées à se prémunir contre des scénarios de stress ou de crash de marché. L’hyper-concentration des indices, amplifiée par les ETF, crée un risque d’emballement. Dans un contexte géopolitique tendu, un grain de sable peut rapidement gripper la machine. Les perspectives de croissance à long terme restent fortes, mais il est indispensable de protéger les investisseurs contre des mouvements de marché potentiellement très violents, comme ceux observés ces dernières années.
Alexis Bossard : La gestion du risque est effectivement centrale. L’hyper-concentration, les effets amplificateurs des ETF et le comportement parfois mimétique des investisseurs particuliers sont des éléments clés à intégrer dans la construction des portefeuilles. De notre côté, au sein du fonds Tech For Tomorrow, nous restons diversifiés, à la fois géographiquement et sectoriellement, mais également en tenant compte des marchés finaux et de la distinction entre fournisseurs de technologies et utilisateurs finaux de l’IA.
David Serrero : Nous sommes totalement alignés sur cette approche, avec pour objectif final de réduire le risque et la volatilité implicite du fonds. Nous gérons davantage ce fonds comme un fonds de private equity coté que comme un fonds actions classique, avec des paris longs, assumés, et donc une corrélation aux indices relativement limitée.
Aurélio Rodriguez, responsable de la gestion thématique et absolute return quantitative d’Arkea Asset Management
"L’IA est un cycle d’investissement long, comparable à l’électrification, à Internet ou au cloud. La vraie question n’est donc pas de savoir si c’est trop cher aujourd’hui, mais qui va capter la valeur économique de l’IA et comment le marché va se réorganiser autour de ces innovations et de ces investissements massifs."
Après avoir rejoint Arkea Asset Management en 2021, Aurélio Rodriguez a coconstruit l’activité de gestion thématique. Auparavant, il a cofondé une société de gestion de 2014 à 2020, exploitant des stratégies quantitatives basées sur la finance comportementale et investies sur les marchés actions mondiaux. Entre 2008 et 2012, il a travaillé au sein du hedge fund Boussard & Gavaudan en tant que gérant après une expérience de trader chez Crédit Agricole CIB (Calyon). Aurélio est ingénieur civil des Mines (Saint-Etienne).
Données clés d’Arkea Asset Management
- Encours dans l’expertise : 5 fonds thématiques labelisés ISR pour un montant de 400 millions d’euros.
- Effectifs dans l’expertise : une équipe de 3 personnes expérimentées avec en moyenne 15 ans d’expérience + 1 junior avec un historique de performance de 3 ans.
- Performance de l’un des fonds phares* : le FCP Arkea Focus Artificial Intelligence a enregistré une performance nette de 16,8 % depuis le 3 juin 2024, date de sa reprise par la nouvelle équipe de gestion, avec une volatilité de 11,5 % (au 10 février 2026, Part P). Le fonds Arkea Focus European Economy a quant à lui enregistré une performance nette de 43,9 % depuis sa reprise de gestion le 29 décembre 2023 (au 10 février 2026, part P).
- Philosophie d’investissement : l’équipe suit une approche dite « quantamentale » consistant à mixer le quantitatif et le fondamental. Cette méthode combine la puissance des outils quantitatifs à l’intelligence humaine, avec pour objectif d’identifier au bon moment les valeurs offrant les probabilités les plus élevées de création de richesse sur le long terme. Elle recherche aussi une performance ajustée du risque (via des couvertures macro) tout en veillant au respect des critères extra-financiers (label ISR).
* « Avertissement : Communication à caractère promotionnel. Comme tout placement, il existe certains risques : la valeur du fonds peut fluctuer à la hausse comme à la baisse, et le capital investi n’est pas garanti. Il convient donc de bien prendre connaissance des principales caractéristiques et des risques inhérents au produit – détaillés dans le prospectus du fonds avant toute décision d’investissement.
L’investissement doit s’effectuer en fonction de ses objectifs d’investissement, de son horizon d’investissement, de son profil de risque et de sa capacité financière. Les simulations et opinions présentées sur ce document sont le résultat d’analyses d’Arkéa Asset Management à un moment donné et ne préjugent en rien de résultats futurs. Rendements non garantis. Il est rappelé que les performances passées ne préjugent pas des performances futures, ne sont pas constantes dans le temps et ne tiennent pas compte des éventuels frais de souscription ou de rachat. »
L’une des réponses à cette concentration n’est-elle pas aussi de faire émerger de nouveaux acteurs ? Quel est le rôle des initiatives de Place ?
David Serrero : C’est effectivement un enjeu de place à moyen-long terme. Plus il y aura de sociétés technologiques cotées, plus les possibilités de diversification au sein de la technologie seront importantes. C’est un mouvement qui s’inscrit dans le temps. Nous avons identifié une trentaine de sociétés françaises susceptibles d’accéder aux marchés financiers dans les cinq prochaines années. Selon nos estimations, cela pourrait représenter, à moyen-long terme, près de 100 milliards d’euros de capitalisation supplémentaire pour la tech française. Cet élargissement de l’univers coté permettra aux investisseurs de mieux se diversifier au sein de cette classe d’actifs et de renforcer l’attractivité globale du marché. L’un des grands intérêts de l’initiative Tibi réside dans son cahier des charges, qui met l’accent sur la sélectivité des investissements en valeurs technologiques. Cela impose un niveau d’exigence élevé, ce qui est très positif pour l’ensemble de l’écosystème. A ce jour, environ 15 milliards d’euros ont été investis via cette initiative dans différents fonds. C’est un montant significatif, même s’il faut le relativiser : les investisseurs institutionnels gèrent près de 2 500 milliards d’euros d’actifs. Les 15 milliards dédiés à la tech restent donc une goutte d’eau, mais une goutte extrêmement vertueuse. J’aimerais également souligner notre engagement fort sur la souveraineté, qui reflète la politique générale du groupe CDC. A travers nos fonds, nous priorisons des sociétés qui défendent l’indépendance numérique, l’autonomie énergétique et le développement de nouvelles énergies, ainsi que la défense tech. Ces trois axes constituent des piliers majeurs de notre stratégie. Notre fonds a vocation à soutenir des entreprises qui œuvrent concrètement pour la souveraineté française et européenne.
Alexis Bossard : L’apport de l’initiative Tibi est indispensable tant du point de vue de la souveraineté européenne que du point de vue du développement d’un véritable écosystème tech européen. En matière de flux, de liquidité des titres et d’attractivité de la place, l’objectif est clairement de déclencher un cercle vertueux, en orientant des engagements vers des fonds prêts à jouer le jeu ; c’est-à-dire des fonds qui vont réinvestir pour soutenir la croissance et accompagner les entreprises qui souhaitent se tourner vers les marchés cotés.
Aurelio Rodriguez : Ces initiatives sont effectivement essentielles pour soutenir le développement économique européen et orienter les flux d’investissement vers notre tissu économique, afin de rester compétitifs à l’échelle internationale. Dans notre gestion thématique, nous n’avons pas de fonds labellisés Tibi. En revanche, nous avons déjà répondu à plusieurs appels d’offres intégrant ce cadre, que nous connaissons bien et sur lequel nos équipes ont déjà travaillé. Plus largement, le groupe Crédit Mutuel Arkéa est fortement engagé sur la question de la souveraineté nationale, avec une politique annoncée publiquement il y a plus de deux ans. Concrètement, cela se traduit chez nous par deux initiatives principales. La première concerne le fonds thématique que nous gérons dédié à la souveraineté européenne. Nous analysons très précisément l’intégration des sociétés dans le tissu économique européen. Cela va bien au-delà du seul secteur technologique : nous examinons la géolocalisation, l’outil industriel, l’emploi, les investissements, ainsi que les chaînes d’approvisionnement. Nous construisons pour cela un scoring détaillé, afin d’évaluer la capacité d’une entreprise à s’inscrire dans une démarche de souveraineté, ou à réduire suffisamment ses dépendances internationales. La seconde initiative est le lancement, il y a quelques mois, d’un fonds de dette privée non cotée, sous le format d’un FPS (fonds professionnel spécialisé) dédié aux « grands enjeux de souveraineté nationale » de la défense à la technologie en passant par la santé, l’industrie et l’éducation, notamment autour de la base industrielle et technologique de défense.
Comment accompagnez-vous les entreprises vers une IPO ?
David Serrero : Nous travaillons énormément en amont des IPO. Notre rôle consiste à dialoguer à la fois avec les fonds d’investissement, les sociétés non cotées et les équipes de banquiers impliquées dans les IPO. Les relations que nous entretenons avec l’écosystème – French Tech 40, French Tech 120, etc. – permettent de faire converger la vision des entreprises avec notre approche d’investisseur de long terme. Notre travail est pédagogique. Il est d’autant plus important que les actionnaires de ces sociétés sont souvent des fonds de private equity, qui n’ont pas toujours une culture boursière très développée ou qui ont parfois connu de mauvaises expériences passées. Notre objectif est de redonner confiance, d’aligner les intérêts et de garantir un continuum de financement de la technologie, tout en offrant de la liquidité aux investisseurs. Les retours que nous recevons sont extrêmement positifs : les entreprises apprécient d’avoir un acteur de place qui leur apporte un regard différent de celui des fonds au capital ou des banques d’investissement, chacun ayant naturellement son propre prisme. C’est l’un des leviers majeurs pour revitaliser la place parisienne. Concrètement, tous les deux mois, nous organisons des tables rondes réunissant quatre à cinq sociétés technologiques. Elles viennent partager leur parcours de financement et leur perception des marchés boursiers. Nous échangeons avec elles sur le fonctionnement du marché, sur notre rôle potentiel au capital, sur les différentes options possibles.
Alexis Bossard : Les entreprises sont souvent très preneuses de rencontres en amont d’une introduction. Ces échanges permettent de bénéficier de points de vue complémentaires, notamment sur la stratégie, sur la communication, sur les questions de gouvernance et sur les axes d’amélioration possibles. C’est également très bénéfique pour nous de pouvoir nous familiariser avec l’ADN de l’entreprise et son positionnement. Les marchés cotés peuvent parfois leur sembler difficiles à appréhender, notamment en raison de la volatilité liée aux flux, qui peut paraître déconnectée des fondamentaux. Sur les plans financier et extra-financier, il y a également un rôle essentiel à jouer en amont, en tant que gérant d’actifs : rencontrer les sociétés avant leur IPO, comprendre leurs horizons de temps, leur stratégie, et identifier ce que nous pouvons leur apporter pour que l’introduction se déroule dans les meilleures conditions possibles. L’objectif est bien d’aboutir à un équilibre gagnant-gagnant entre l’entreprise et les investisseurs de long terme.
L’analyse extra-financière est-elle toujours importante ?
Alexis Bossard : L’ESG fait pleinement partie de nos processus d’investissement. Nous disposons d’une équipe dédiée de six personnes, spécialisée dans l’analyse extra-financière, avec laquelle nous travaillons en étroite collaboration. Le fonds Tech For Tomorrow est labellisé ISR. Pour les petites capitalisations et les micro-capitalisations, nous avons la possibilité d’allouer jusqu’à 10 % du fonds à des sociétés qui ne sont pas encore au niveau attendu en matière d’ESG. Dans ce cas, nous mettons en place des processus d’engagement afin de les accompagner sur une trajectoire d’amélioration sur un horizon de trois ans. Si les engagements ne sont pas respectés à l’issue de cette période, nous avons l’obligation de sortir du capital. L’objectif n’est pas de mettre la pression, mais d’accompagner ces entreprises sur les enjeux de gouvernance, souvent plus difficiles à structurer pour des sociétés de petite taille disposant de moyens limités. Nous observons souvent qu’une entreprise qui ne performe pas en Bourse présente aussi des faiblesses sur le plan ESG. C’est là que le label ISR prend tout son sens, en favorisant une meilleure gestion des risques et, nous l’espérons, une meilleure performance sur le long terme.
David Serrero : Nous avons également une politique ESG ambitieuse. L’essentiel n’est pas qu’une entreprise soit parfaite dès l’entrée au capital, mais qu’elle s’engage clairement à améliorer ses pratiques. Nous organisons des rendez-vous semestriels avec les sociétés pour vérifier que la trajectoire d’amélioration est respectée. C’est un levier important en tant qu’investisseur : inciter les entreprises à faire progresser leurs pratiques ESG.
Aurelio Rodriguez : L’ESG est un point absolument central de notre gestion, et constitue aujourd’hui presque un facteur différenciant. De nombreux acteurs de la gestion thématique cotée ont récemment pris leurs distances avec l’ESG ou réduit leur engagement. De notre côté, tous nos fonds thématiques sont labellisés ISR. Le groupe Crédit Mutuel Arkéa est une société à mission, dotée d’une raison d’être, et a été la première banque française à adopter ce statut. Cela se traduit par des politiques strictes sur les secteurs controversés et par des processus d’exclusion clairs. Au-delà du cadre ISR, nous avons également fait le choix d’aligner nos portefeuilles sur des scénarios de limitation du réchauffement climatique à moins de deux degrés. Tout ce travail est réalisé en amont de la construction des portefeuilles, grâce à notre expertise quantitative, afin de rechercher une bonne diversification, une exposition aux sociétés les plus dynamiques et une forte probabilité de rendement, tout en respectant nos exigences de responsabilité. On nous demande souvent si l’ESG pénalise la performance. Notre réponse est claire : les critères ESG s’inscrivent dans un temps long, à horizon 2050. Ils ne peuvent pas être évalués trimestre par trimestre. L’ESG n’est pas un moteur de performance immédiat, mais une condition de performance durable.