
La transmission de la politique monétaire serait-elle grippée ?
L’inflation en zone euro est en baisse depuis plusieurs trimestres, le PIB a stagné au 4e trimestre et l’indicateur de la BCE sur l’évolution des salaires anticipe une hausse annuelle limitée à 1,5 % fin 2025. La baisse des taux directeurs depuis juin n’est donc pas surprenante. Dans le débat sur le nombre de baisses supplémentaires à venir, un point est cependant souvent occulté : leur impact réel. En effet, la transmission de la politique monétaire semble grippée depuis quelques mois. Les taux longs n’ont pas durablement baissé : le taux 10 ans allemand était à 2,46 % fin janvier contre 2,51 % le 5 juin dernier et le taux de l’OAT 10 ans est passé de 2,99 % à 3,20 %. Pour les prêts aux particuliers, si les taux de la nouvelle production ont baissé, l’impact dans certains pays sur les prêts hypothécaires existants est moins évident. En Allemagne ou aux Pays-Bas, les prêts hypothécaires voient souvent leur taux être révisé après une première période de 5 ou 10 ans. Les emprunteurs qui atteindront cette échéance dans les prochains mois constateront une hausse et non une baisse de leurs mensualités. Enfin, la dernière étude de la BCE sur les prêts bancaires fait état d’un fort durcissement des conditions d’octroi de crédit aux entreprises et s’attend à un resserrement plus marqué dans les prochains trimestres. Quelles conséquences pour la BCE ? Soit elle trouve des solutions pour mettre de l’huile dans les rouages du système de transmission (via des opérations de refinancement ciblé type TLTRO ?), soit elle devra baisser davantage ses taux directeurs pour obtenir l’effet souhaité. Les marchés devront poursuivre leurs ajustements et envisager que le taux de dépôt passe nettement sous les 2 %.
Arnaud-Guilhem Lamy est responsable des stratégies obligataires euro aggregate au sein de BNP Paribas Asset Management.
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