Effritement progressif de la croissance mondiale
Depuis septembre la hausse des marchés actions et la remontée des taux d’intérêt ont accrédité l’idée d’une reprise conjoncturelle imminente. Pour notre part, nous envisageons plutôt un effritement progressif de la croissance mondiale.
D’abord, le conflit commercial est disruptif pour toute la chaîne de valeur si bien que le commerce mondial ne contribue plus positivement à la croissance. Ensuite, même si les Etats-Unis et la Chine parviennent à un accord commercial, la «tectonique des plaques» entre une puissance établie (Etats-Unis) et une puissance montante (Chine) provoquera une «guerre froide» sur les plans technologique et géostratégique, ce qui continuera d’alimenter les incertitudes. Enfin, les enquêtes de conjoncture ne présagent pas d’une réaccélération industrielle.
Sur les dix-huit prochains mois, la croissance mondiale est donc sur une tendance légèrement baissière, largement due au ralentissement des plus importants pays émergents (Chine et Inde) et des plus fragiles d’entre eux (Brésil, Turquie et Russie). Dans les pays développés, les croissances s’établiront toujours en ligne avec le «potentiel» (1,9 % en 2020 aux Etats-Unis) ou en dessous (0,8 % en zone euro).
A partir de mi-2021, il convient d’envisager une fin de cycle de l’économie américaine. En effet, la combinaison d’une profitabilité dégradée, d’un endettement élevé et d’incertitudes persistantes provoquera un ajustement sensible de la production et de l’investissement, et in fine, une fin de cycle somme toute «classique» dans son déroulement.
Christophe Morel est chef économiste de Groupama Asset Management
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