L’explosion de l’investissement responsable ces dernières années s’est faite dans un environnement de marché très porteur pour les valeurs de croissance. Avec le resserrement monétaire et la rotation sectorielle induite, les approches extra-financières pourraient sous-performer.Un risque pour l’instant théorique.
Après des années de baisse des taux, la tendance semble, depuis quelques mois, singulièrement s’inverser : le rendement du Bund allemand à 10 ans a bondi de plus de 100 points de base depuis fin 2021. Pour l’investissement responsable, qui s’est essentiellement développé dans un contexte de taux très bas, c’est une vraie nouvelle donne… qui peut se révéler assez pénalisante.
Selon la théorie financière, un environnement de hausse de taux est traditionnellement défavorable aux valeurs de croissance. En effet, ces dernières sont des entreprises qui investissent beaucoup à court terme pour dégager des revenus à long terme : lorsque les investisseurs cherchent à les évaluer, ils actualisent leurs flux financiers futurs à des taux plus élevés, ce qui fait mécaniquement baisser leur valorisation. Or les valeurs plébiscitées par la gestion ESG sont souvent des valeurs de croissance. En témoigne la forte corrélation entre les performances des indices de valeurs de croissance et les indices ESG, en particulier en Europe (voir graphe). « La remontée des taux peut être problématique pour des sociétés encore non rentables, qui grossissent par croissance externe via de l’endettement ou dont le modèle économique n’est pas encore bien établi, ce qui est le cas de nombreuses entreprises dans lesquelles la gestion responsable est investie, à l’image des valeurs sur la thématique environnementale », observe Alexandre Neuvy, directeur de la gestion privée d’Amplegest. De même, les valeurs du secteur des services, de la santé ou de la technologie, pourtant faiblement émettrices de carbone, peuvent être pénalisées par la hausse des taux.