«Des déclarations récentes de plusieurs agences de notation semblent indiquer qu’elles ont bien conscience de la nécessité d’accorder une place importante aux perspectives de moyen terme dans leurs analyses.»
Depuis le début de la crise, les agences de notation ont multiplié les actions sur les notes qu’elles délivrent, allant des mises sous perspective négative aux dégradations directes. Ces décisions vous paraissent-elles logiques ?
Il faut distinguer entre différents types d’actions. Il y a d’abord les changements de perspectives macroéconomiques, qui entraînent mécaniquement des changements de perspectives sectorielles. Le fait que les agences considèrent que les perspectives économiques des prochains mois sont moins bonnes aujourd’hui qu’elles ne l’étaient quelques mois plus tôt est difficilement contestable. Ensuite, il y a les actions consistant à faire passer la perspective de la note d’un émetteur corporate de «positive» à «stable». Elles sont, là aussi, compréhensibles. Une perspective positive signifie en effet que le rating d’une entreprise est susceptible d’être relevé sur un horizon de dix-huit mois. Dans les circonstances actuelles, un tel relèvement à cet horizon apparaît logiquement moins probable. En revanche, certaines actions, comme le passage d’un rating sous perspective négative (ce qui augure une possible dégradation dans les dix-huit mois à venir) ou la dégradation directe du rating, seraient contestables si elles étaient généralisées (des cas particuliers justifiant une telle action peuvent bien sûr toujours exister). Compte tenu de l’absence de visibilité quant à l’amorce d’une reprise d’activité au niveau mondial et à son ampleur, ce type de décisions peuvent paraître précipitées : la méthodologie même des agences prévoit une notation sur la base de perspectives à moyen terme.